Les motifs des Petits Carrés du 16e siècle

Dans cette page, nous aborderons l'aspect historique et symbolique des modèles. Publiés au 16e siècle, ils en reflètent les modes de pensée, les goûts ornementaux.

Quelques points importants

1- Tous les modèles proviennent de livres publiés à partir de 1523 à Cologne (Allemagne), puis dans le reste de l'Europe. Comme la broderie remonte à l'Antiquité, existaient aussi des sources manuscrites : cahier d'artisans brodeurs-euses, tisserand-es, mosaïstes etc... Nous en reparlerons.

2- Les modèles sont pour la plupart inédits depuis le 16e siècle. Certains ont été réutilisés, toujours sans mention d'origine. On en trouve de temps en temps dans les revues féminines, les albums de filet au point de reprise ou au crochet fin 19e-début 20e. Au fur et à mesure, nous vous les signalerons.

3-Ils sont bien du 16e, sauf le n°28 et probablement le n°27. Dans beaucoup des livres, il y avait des grilles vierges, pour que les personnes puissent faire leurs propres modèles. C'est le cas ici, peut-être un habitant de Groningue -Pays-Bas, alors Province-Unies- qui a trouvé un livre de 1597 dans sa bibliothèque, en 1703, et en a fait bon usage.

4-Tous ces livres sont extrêment rares, car les utilisateurs en détachaient les pages : ils construisaient des ancêtres de nos tables lumineuses (avec des bougies ou face à une fenêtre) ou perçaient des trous sur le dessin, passaient du charbon de bois de saule à travers les trous pour imprimer les contours du dessin sur une feuille de papier ou un tissu. Les livres étaient donc détruits. 

 

La Fleur des Patrons,

Livre nouveau dict patrons de lingerie,

Patrons de diverses manières,

Sensuyvent les patrons de Messire Antoine Belin

Cartonnettes n°1, 2, 3, 7, 8, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60

Ces 4 livres, publiés de 1532 à 1550, d'abord par Claude Nourry, célèbre imprimeur lyonnais, puis Pierre de Saincte-Lucie, son successeur, illustrent parfaitement le fonctionnement de l'édition au 16e siècle.

 

Les modèles sont la reprise, et même le plagiat, de ceux publiés dès 1530 par Peter Quentel, grand imprimeur de Cologne (Allemagne). Il existe des éditions, quasiment à l'identique, italiennes, flamandes et allemandes. Elles ne mentionnent jamais leur source originale.

Je les ai trouvés, reliés ensemble à la Bibliothèque du Patrimone de Clermont-Ferrand (63) et, avec quelques modèles en plus, à la Bibliothèque Mazarine de Paris.

I Frutti

Ce livre fut édité à Venise en 1564. probablement par les frères  Sessa, éditeurs du premier livre de dentelles (1567) dont plusieurs motifs sont similaires. 

L'exemplaire consulté est celui de de la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris, considéré comme unique.

Cartonnettes n°4, 5, 6

Newkuenstlichs Modelbuch

Publié en 1586 à Strasbourg, par Bernard Jobin, un des grands éditeurs strasbourgeois, graveur de formation. Élevé dans la religion catholique, il passe au protestantisme. Tobias Stimmer, peintre, dessinateur et graveur de renom, a sans doute collaboré à l'ouvrage.

Le livre reprend des modèles de 1523 (Schönsperger), 1535 (Vavassore) et 1558 (Pagano), mais réinterprétés de façon originale.

L'exemplaire consulté (BNF) compte 48 feuillets avec une page de titre, une poésie probablement due à la plume de l'auteur satirique Jean Fischart, et 45 planches de motifs de broderies.... Réédité au moins huit fois jusqu'en 1600, 

Ces modèles seront repris en Alsace jusqu'au 19e s.

Cartonnettes n°9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 64, 65.

Federico de Vinciolo

Appelé à la Cour de France par Catherine de Médicis, l'italien Federico de Vinciolo publia ses modèles à Paris, en 1587 et 1603. Ses deux livres, Les Singuliers et Nouveaux Pourtraicts et Les Secondes Oeuvres, et Subtiles Inventions De Lingerie connurent de nombreuses rééditions en France, Italie et Allemagne. Il fut un des créateurs de la dentelle d'Alençon.Un best-seller.

 Cartonnettes 21 à 26, 39-40, 45 à 48, 73 à 81